Et que l’€ ne devienne pas le problème des autres

26 septembre 2011

Loin d’être le ciment qui rapproche les uns et les autres et une machine à félicité économique, la zone euro est encore un ‘machin’ avec en son sein des économies divergentes, cigales et fourmis, club du sud et pays du nord qui évoluent avec des institutions multiples ayant des prérogatives pas toujours lisibles : eurogroupe, BCE, commission, ecofin, UE, couple Franco-Allemand…. De cet ensemble hétéroclite émane d’ailleurs parfois (souvent ?) une communication pas toujours cohérente voire franchement cacophonique…

D’ailleurs, les désaccords au sein de la zone euro ont souvent donné lieu à des déclarations fâcheuses.  Des officiels allemands jugeaient en  2010 ‘possible (souhaitable ?)’ la sortie d’un pays membre (la Grèce) pour mettre ses finances en état, en 2011 des officiels hollandais tiennent le même discours.  Les autorités belges ont récemment critiqué les initiatives franco-allemandes (suite au mini sommet All-Fr du 16 août) qui ne jouent pas assez groupés et  continuent de se considérer au sein de l’Europe comme la viande et de voir les autres pour des légumes.  Certains évoquent la nécessité d’avoir des eurobonds (Grèce, Portugal, Italie), quand d’autres critiquent l’idée (Allemagne, France, Hollande). ET il n’existe personne capable de trancher et d’imposer ‘le ton officiel à tenir’.  Conscient de cette ambiance délétère,  monsieur Juncker avouait le 16 septembre dernier  que selon lui n’était pas pour bientôt  le jour où les européens accorderont leurs violons.

Quoi d’étonnant dès lors que T. Geithner secrétaire d’Etat au Trésor américain, donc en charge de l’émission de billets verts et superviseur de la valeur externe du dollar convié exceptionnellement à une réunion de l’eurogroupe, se soit permis en sa qualité d’invité d’ « encourager les européens à parler d’une seule voix et de faire part de quelques idées aux européens pour faire face aux défis qui leur sont posés», histoire que la monnaie européenne ne devienne pas le problème des autres.

La cacophonie en Zone Euro et la complexité du dossier grec (pourquoi une dette publique de 300 milliards nécessite-t-elle qu’autant d’énergie soit déployée au sein d’une zone dont le PIB est de plus de 9 000 milliards d’euros ? pourquoi un deuxième plan d’aide en juillet 2011 alors qu’il y a eu un premier en mai 2010 qualifié alors d’historique ?) auront par ailleurs écorné la confiance des européens dans la monnaie unique.

Partout en Europe, des sondages consacrés à la monnaie unique ressortent une grande défiance vis-à-vis de l’euro et l’idée eurosceptique comme quoi le retour aux anciennes monnaies (franc, drachma, mark, lire…) serait la panacée car il permettrait dévaluation compétitive et monétisation des dettes publiques apparait de plus en plus séduisante voire crédible.

Et pourtant, une  simple analyse dépassionnée permet de conclure qu’un retour en arrière n’est pas souhaitable car hors de l’euro, aucun des pays membres actuels ne gagnerait car s’en suivraient grave récession, inflation, problèmes de conversions de dettes, protectionnisme, absence de crédibilité des nouvelles autorités monétaires, faillites bancaires, voire troubles politiques. Dans le meilleur des cas, certains perdraient moins vite, mais tous y perdraient.

L’euro qui existe depuis 1999 (et qui a donc plus d’avenir que de passé) a certes contribué à des tendances lourdes qui se sont révélées non soutenables : bulle immobilière en Espagne, spécialisation financière en Irlande, accumulation de déficits quelque soit la phase du cycle en France, financement à bas coup qui permit de remettre à plus tard les réformes structurelles chez les GIPSI : Grèce, Italie, Portugal, Espagne, Irlande, tout pour l’export en Allemagne…. il peut donc à juste titre être accusé d’avoir été une machine à ‘déresponsabilisation’ et à jeu ‘non coopératif’ durant ses 10 premières années. Mais durant la même période, l’euro est devenu la deuxième monnaie de réserve internationale, plus de 10 millions d’emplois ont été créé dans la Zone Euro, la Banque Centrale Européenne a assis son autorité et sa crédibilité, l’inflation a toujours été sous contrôle, les taux d’intérêt dans les différents pays ont convergé vers des bas niveaux permettant aux entreprises européennes d’emprunter pour investir… Dès lors, la critique ‘l’euro n’est responsable que de maux’ doit être nuancée.

Par ailleurs, comme le faisait très justement remarqué Jean Claude Trichet (à qui Bernanke n’oserait jamais donner de leçons, question de crédibilité et de respectabilité affirmées), la crise actuelle n’est pas une crise de l’euro à proprement parlé. Il s’agit plutôt d’une crise de finances publiques de quelques pays membres et de non aboutissement institutionnelle de la Zone Euro. En effet, avec une inflation à 2.2% en décembre 2010, un déficit public à 6.3% du PIB et une dette publique à 85% du PIB, la Zone Euro est dans une situation budgétaire plus favorable que d’autres grands ensembles monétaires (Japon, Etats-Unis, Royaume-Unis) qui pourtant ne connaissent pas (encore ?) de crise souveraine. Mais contrairement à ces autres pays, l’union monétaire n’est pas encore une ‘Union Economique’ et il est possible de discriminer entre les dettes publiques des différents pays dont la bonne gestion des finances publiques était jusque là plus basée sur les ‘wishful thinking’ et non  sur des incitations ou des obligations.

Que faire disait Lénine ? Certains proposent un saut dans l’inconnu et d’émettre des euro-bonds, d’autres un ‘super ministre des finances de la Zone Euro’. Ces deux solutions pour ne citer qu’elles, sont louables car allant dans le sens de ‘plus’ de Zone Euro, mais restent sans doute de trop ambitieux bonds en avant pour voir le jour dans la séquence de tourmentes actuelles. Il faudra sans doute avant cela apporter une ‘vraie’ réponse globale et définitive à la situation des pays sous programme (Irlande, Portugal, Grèce) sans que cela ne déborde outre mesure sur les autres pays dans l’œil du cyclone (Italie, Espagne). Cet exploit d’équilibriste  qui tient plus de l’art que de la science devra être mis en œuvre en priorité en Grèce acculée sur les marchés. Il semblerait qu’un rééchelonnement (en partie volontairement accepté par les Banques privées) assorti d’une stratégie globale pour la croissance et l’investissement en Grèce soient l’issue retenue. Pour l’heure ‘toutes les Banques’ ne semblent pas vouloir tenir parole (on parle de 75% des montants en Roll-over) quand ce devrait être 90%. Il faudra les emmener moyennant finances (recapitalisation par les ETATS ou le FESF) à faire ce qui a été convenu en juillet. Dans le même temps, il faudra rassurer les marchés en ce que cette restructuration grecque ne constitue en rien un précédent qui s’appliquera également aux autres membres des GIPSI. Pour ce faire les membres de la Zone Euro devront évidement déjouer le pronostic de mr Juncker et parler d’une seule voix (à défaut de parler la même langue) et mettre en avant les nombreuses avancées réalisées depuis 2009 (création du FESF, du MES, renforcement des volets préventifs et correctifs du pacte de stabilité, renforcement de l’eurogroupe, programme d’achat de dette par la BCE…) qui prouvent que la Zone Euro dispose en son sein d’assez de pragmatisme et de ressources (humaines et financières) pour surmonter ses difficultés.

Tags: ,

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *

*

Recevez la Newsletter

Merci de préciser votre e-mail.

Translator